Discours de la cérémonie de remise des diplômes X2006, Amphi .K, 27 mai 2011

 

Mon général, Monsieur le parrain de la promotion 2006,Mesdames et messieurs les professeurs, cadres, et dévoués personnels de l'école, Chers parents endimanchés, Très chers camarades...

Il y a maintenant deux ans, une partie de la promotion a fait le choix de poursuivre ses études à l'étranger. De nombreux absents toutefois, vous font savoir qu'ils n'ont pas eu le cœur de revenir sur le plateau depuis qu'on a changé le verrou de leur casert. Voyez plutôt leur mot d'excuses :

Les portes du plateau
Sont à jamais fermées
Et le cocon penaud
Descend les escaliers

Celui qui aussitôt
Songe à les remonter
Terminera bientôt
Au local des pompiers

La morale en un mot
Est qu'il ne faut jamais
Se rendre à Palaiseau
Quand on oublie Saclay

Vous avez ici devant vous les voyageurs les plus téméraires, ceux qui ont risqué leur vie dans le panache fumeux du volcan flatuleur islandais. Quel courage ! Pour être parmi nous cet après midi, ils ont donné leur temps, ils ont usé leurs poumons, ils ont sacrifié les miles de leur flying blue elite plus, et se sont délesté de quelques billets de monnaie locale pour le don promo ! Vraiment, chapeau !

Tout cela pour venir chercher leur enveloppe en personne. Mais que contient elle vraiment, cette enveloppe ? Un diplôme ? Rien du tout ? Même les récipiendaires ne savent pas toujours ce à quoi ils ont droit, et on pourrait presque dire qu'on a obtenu notre diplôme dans une pochette surprise.

Voyez comme ils sont souriants, ceux là mesdames messieurs, ceux là ont la belle vie à l'étranger ! Il faut dire que la qualité française se vend très bien : On nous prend pour des génies en mathématiques et on nous donne à résoudre tous les problèmes un peu techniques. Heureusement, toutes les réponses se trouvent peu ou prou dans le précieux cours de tronc commun avancé du Professeur Colmez, que nous avons tous pris soin de mettre dans nos bagages avant de partir.

Je n'ai pas vu Pierre Colmez dans la salle, mais vraiment je tenais à le remercier. Cher Pierre, merci pour tout ! Votre cours est comme la Bible, difficile à lire certes, mais l'on y trouve réponse à tout. Saint Pierre, donnez nous aujourd'hui notre pale de ce jour, et pardonne nous d'avoir choisi la finance comme nous pardonnons aussi à ceux qui t'ont si mal payé. Et ne nous soumets pas à la tentation du nasdaq, mais délivre nous des groupes abéliens. Amen.

Bref disais-je, nous sommes depuis deux ans la vitrine de l'école.

Pas la vitrine toute moche en bas, près du nouveau Magnan débiteur de blanc de poulet d'autoroute insipide dont je tairai le nom pour ne pas faire de mauvaise publicité à la maison Sodexo. Non, je parle de la vitrine mondiale qui donne à voir l'X dans toutes les universités.

Bien souvent nous ne parlons pas de l'école, de ses atouts, de ses savants professeurs et nous ne faisons pas état de son glorieux classement … de Shanghai à San Francisco, à chaque fois que l'on nous demande : "Where did you go to college ?" Nous répondons timidement que nous avons fait une école d'ingénieur française, que notre système universitaire est un peu différent, etc... A ce moment, faites l'expérience en présence d'un centralien, c'est très amusant ! A ce moment, on nous rétorque directement : "Ohhhh, so you are from École Polytechnique ?" ce qu'on pourrait traduire par : dépité ''Ohhhh, alors vous aussi vous êtes à Parithèque'' Et oui chers camarades, cette célébrité était insoutenable, et nous avons bien fait de dilapider la réputation bicentenaire des ingénieurs de l'X en nous associant avec les marchands de costumes de Jouy en Josas.

La belle vie donc pour ces élèves souriants. Les absents, hélas, ne sont pas aussi heureux que cela. Mais la vérité est bien plus sinistre. Corvéables à merci, enchainés au laboratoire par un directeur de thèse despotique, surendettés, ruinés, ils se prostituent pour pouvoir manger. Et oui, contrairement à leurs camarades en master, les thésards expatriés n'ont pas la chance de pouvoir claquer comme ça chaque année pour le plaisir, trente, voir quarante mille euros en frais de scolarité. Et cela ne date pas d'hier ! On raconte qu'en 1975 déjà, dans les souterrains de Harvard un jeune X en thèse d'économie, pédalait jour et nuit sur une dynamo pour vendre de l'électricité à ses camarades et financer sa scolarité, tant et si bien qu'il y prit gout et fonda la compagnie d'Électricité des Dortoirs de la Fac (l'E.D.F).

Est il pour autant nécessaire d'aller étudier aussi loin pour faire carrière ? C'est cette idée qui hantait nos esprits au moment de signer la fiche 4A. J'ai donc posé la question à un ancien de notre école, lequel m'a fait promettre de ne pas dévoiler son nom, parce que ce que c'est un grand timide. Ce qu'il dit est assez fort, je vous lis sa lettre :

"Mon cher Nicolas, J'ai bien reçu ta lettre et comprends parfaitement tes scrupules quant à l'expatriation. Rassure-toi, trahir la patrie n'est pas une obligation pour aller haut ! Moi même je n'ai toujours maitrisé que péniblement la langue de Shakespeare, mais ça ne m'a pas empêché de devenir président de la république."

"Je me souviens que, le chef de chœur, le rechpectable Patriche Holiner m'avait dit" - Oui moi aussi j'avais un doute, mais ça nest certainement pas vous maître, il écrit patri-CHE

"Patriche Holiner donc, m'avait dit que che rendre à l'étranger était absolument nécessaire parce qu'un X respectable se devait de pouvoir chanter dans toutes les langues : un cantique latin, les lieder allemands, l'hymne britannique, le chant des marais, les choeurs de l'armée rouge... La lichte était interminable. Jeune chéducteur fougueux que j'étais a l'époque, je lui avais audachieujement rétorqué : "

"Maitre, je trouve très choquant que vous raportachiez tout chychtématiquement au chant choral, vous n'avez pas Maitre, .... le monopole du chœur."

Il termine sa lettre ainsi : "Mon cher Nicolas Je te chouhaite bonne chance, bonne chance du fond du cœur, à toi et à tous tes camarades exchpatriés.Et dans ces temps diffichiles ou le mal rode et frappe dans le monde, où le seul nom de Parithèque fait trembler les défencheurs de l'exchepchion franchaije, je chouhaite que la providence veille sur l'École Polytechnique.

Pour son bonheur, pour son bien, et pour sa grandeur.

Au re-voir"

A mes camarades de promotion qui ont eu le bon gout de rire de ce qui précède. Au maitre Holiner, dont l'absence regrettable marqua la cérémonie dans les cœurs, au compte porte du DirCab. Remerciements pour leurs contributions : Q.Berthet, S.Blondel, H.Dupuis, B.Jeanson, K.Jentoft, H.Tardy